« Made in Europe » : la Suisse sera-t-elle dedans ou dehors ?
Une majorité d'États de l'UE penche pour ouvrir la préférence européenne aux pays tiers de confiance. Mais la décision se prendrait produit par produit, et rien n'est voté.
Le 4 mars 2026, la Commission européenne a proposé l'Industrial Accelerator Act. But affiché : porter l'industrie à 20 % du PIB de l'UE d'ici 2035, contre 14 % aujourd'hui. L'outil : une préférence « Made in EU » dans les marchés publics et les aides, pour l'acier, l'aluminium, le ciment, les véhicules électriques et les technologies zéro net. La défense en est exclue. Ces secteurs pèsent environ 15 % de la production manufacturière de l'UE, selon Bruegel.
Les seuils sont concrets : pour un véhicule électrique, 70 % de la valeur des composants hors batterie d'origine UE ; pour l'aluminium, 25 % bas carbone et d'origine UE. Les exigences sur les marchés publics s'appliqueraient dès le 1er janvier 2029 si le texte passe tel quel.
Ce qui plaide pour la Suisse
Sur le papier, elle coche les cases du texte de la Commission : libre-échange avec l'UE depuis 1972, partie à l'accord de l'OMC sur les marchés publics, accord bilatéral de 1999. C'est l'argument d'economiesuisse dans sa lettre du 18 juin à Bruxelles. Eunews cite d'ailleurs la Suisse parmi les partenaires de départ.
Ce qui reste ouvert
Au sein de la Commission, la direction de la croissance, soutenue par la France, voulait se limiter à l'Espace économique européen, dont la Suisse ne fait pas partie. Le 7 octobre, une majorité d'États penchait pour inclure des pays de confiance. Le compromis irlandais du 16 octobre suit cette ligne en la resserrant : les marchés publics seraient ouverts là où l'UE a des engagements couvrant le produit, et l'inclusion se ferait produit par produit.
Au Parlement, le projet de rapport pose sept conditions cumulées, dont un prix du carbone national. Plus de 5000 amendements sont déposés, le vote en commission reste fixé au 1er décembre, et l'adoption n'est pas attendue avant 2027. Un précédent invite à la prudence : sur les nouvelles règles acier de l'UE, Berne a demandé une exemption et ne l'a pas obtenue.
Deux scénarios pour un sous-traitant
Ce sont nos hypothèses, pas des prévisions. Si la Suisse est reconnue, ta pièce compte comme du contenu européen pour ton client de l'UE, et rien ne change pour lui. Si elle est exclue sur certains produits, ta pièce pèse contre son quota, et il peut chercher un fournisseur dans l'UE. Bruegel rappelle une autre limite : ces règles peuvent renchérir les achats de l'aval et exposer l'UE à des litiges à l'OMC.
Ce que ça change pour toi
Rien demain matin. Mais regarde dès maintenant quelle part de ton chiffre d'affaires finit dans une voiture électrique, une batterie, une éolienne ou un marché public européen. Demande à ton client s'il commence à suivre l'origine de ses composants. Et garde tes preuves d'origine en ordre : si la décision tombe produit par produit, le détail de ta pièce comptera.
Sources
- Publicea, Industrial Accelerator Act, mise à jour du 22.10.2026
- Bruegel, Policy Brief 10/2026
- economiesuisse, position sur l'IAA, 18.06.2026
- Agence Europe, sept exigences, 09.09.2026
- Agence Europe, vote du 1er décembre, 29.10.2026
- Carbon Brief, Q&A sur les règles Made in Europe
- German Marshall Fund, The EU's Industrial Accelerator Act, 19.03.2026
- Eunews, 04.03.2026
- cash.ch / AWP, 14.04.2026