À L'ANTENNEMode atelier
Articles · Tissu économique · 05.11.2026 · L'équipe FULLCNC

Délocalisation : en un an, le discours s'est retourné, mais le vrai risque du sous-traitant est ailleurs

En août 2025, près d'une entreprise sur trois prévoyait de transférer des activités vers l'UE. En 2026, l'enquête de Saint-Gall parle d'une option rarement envisagée. Pour un atelier, le chiffre clé est un autre : 70 % des grandes entreprises produisent déjà aussi à l'étranger, contre 15 % des PME.

Août 2025 : les droits de douane américains sur les produits suisses viennent de monter à 39 %. Swissmem interroge 385 entreprises. Près d'une sur trois prévoit de transférer une partie de ses activités vers l'UE, et 37 % prévoient des licenciements.

Septembre 2026 : le Swiss Manufacturing Survey de l'Université de Saint-Gall, mené d'avril à juin auprès de 388 entreprises, décrit l'inverse. La délocalisation de capacités hors de Suisse y est rarement envisagée. En 2025, 35 % des entreprises ont étendu leurs capacités en Suisse, contre 20 % qui les ont réduites. Les réactions citées sont d'abord la répercussion des coûts et un contrôle plus serré des dépenses.

Deux enquêtes, pas une tendance

Ne lis pas ces deux chiffres comme une courbe. Les enquêtes n'ont ni le même échantillon ni la même question. La première a été faite en plein choc à 39 %, la seconde alors que le taux était bien plus bas : il est de 12,5 % depuis le 24 juillet 2026. Une intention déclarée sous le choc n'est pas un déménagement. Et les entreprises qui ont déjà réduit en Suisse répondent peut-être moins à ce genre de sondage. Nous n'avons trouvé aucun registre public des transferts de production.

Les cas existent quand même

Siegwerk a annoncé le 27 mai 2026 le transfert en Turquie de sa production d'encres de Bargen, dans le Seeland : environ 100 postes supprimés, sur son seul site suisse. L'entreprise cite le franc fort et une demande européenne en baisse. Ce n'est pas de l'usinage, mais c'est un employeur industriel de la région.

À Gettnau, dans le canton de Lucerne, Andritz Beutler a annoncé fin avril la fermeture de son site : environ 40 emplois sur 50. Il s'agit d'une fermeture, motivée par la baisse des commandes, pas d'un transfert annoncé.

Ces exemples ne prouvent pas une vague. Ils rappellent seulement que le chiffre moyen rassurant cache des décisions bien réelles.

Le point qui concerne ton carnet

L'enquête de Saint-Gall contient une donnée plus utile pour un sous-traitant. Environ 15 % des PME suisses fabriquent aussi à l'étranger, contre 70 % des grandes entreprises. Ces grandes entreprises privilégient désormais les pays voisins plutôt que la Suisse comme marchés d'achat et de vente. Les PME restent tournées vers le marché intérieur.

Autrement dit, un grand donneur d'ordres n'a pas besoin de fermer une usine suisse pour te retirer du travail. Il lui suffit de réattribuer une référence à un site ou à un fournisseur qu'il a déjà à côté. Ce glissement-là n'apparaît dans aucune statistique que nous ayons trouvée. C'est notre lecture, pas un fait mesuré.

Ce que ça change pour toi

Tu ne vas sans doute pas déménager, mais ton client le peut pour une partie de ses achats. Liste tes cinq plus gros clients, note lesquels ont un site à l'étranger, et regarde quelles références seraient faciles à déplacer. C'est là que tu dois être le plus difficile à remplacer.

LinkedIn

Sources

Comment on travaille

À lire aussi

Tissu économique · 05.11.2026Six entreprises neuchâteloises sur dix : ce que notre base dit de la dépendance à la montreSur 737 fiches neuchâteloises, 450 sont classées horlogerie. Genève affiche une part encore plus haute, et elle a pourtant gagné des emplois : le risque n'est pas là où on le croit.Tissu économique · 05.11.2026Décolletage : sept fiches sur dix tiennent dans quatre cantonsDans notre base, 149 des 208 décolleteurs sont dans le Jura, à Berne, à Soleure ou à Neuchâtel. Quand leurs clients ralentissent, le choc tombe au même endroit.Tissu économique · 05.11.2026Chômage partiel : le Jura passe de 124 à 75 entreprises, mais ce n'est pas encore une repriseEn un an, les entreprises jurassiennes autorisées ont reculé de 40 %, et les travailleurs touchés à Neuchâtel ont été divisés par deux. Les places vacantes, elles, fondent aussi.